franck dubosc incarne un professeur de mathématiques qui a le pouvoir de voyager dans les films (dr).
l'acteur est le héros de cinéman, le dernier film de yann moix. une drôle de plongée dans l'histoire du cinéma, de robin des bois à taxi driver.
attention, le plateau est situé au milieu de nulle part, prévient nicolas, le régisseur de cinéman. il a bien raison. quand on arrive enfin sur les lieux de tournage, perdus au fin fond des bois d'honnelles en belgique, à cinquante kilomètres de bruxelles, on se demande par quel hasard un tel lieu a pu être déniché par la production. c'est en tout cas là que se prépare cinéman, grosse production à la française (22 m€). dix camions techniques, des quads, des 4 × 4, trois camions de régie, et autour d'eux, une centaine de personnes qui s'affairent pour que le tournage du prochain film de yann moix se passe le mieux possible. la firme pathé ne peut rien refuser au célèbre écrivain, devenu réalisateur aux doigts d'or grâce aux quatre millions de spectateurs de son premier film podium (sorti en 2004, avec benoît poelvoorde).
bienvenue au royaume de tarzan ! lance yann moix que l'on découvre en train de régler les détails de la cascade du jour, au bas d'un contrefort rocheux. l'œil noir brillant, la chemise vert pastel et une barbe de trois jours, le réalisateur semble remonté comme une pendule. en effet, ce bout de forêt baptisé caillou qui bique a été remarquablement transformé en une jungle africaine un brin factice, mais en tout point identique à l'idée qu'on se fait des grands films hollywoodiens des années 1940.
intrigué, on demande à l'auteur d'anissa corto de quoi parle cinéman. l'histoire est simple, résume-t-il. régis deloux interprété par franck dubosc est un petit professeur de mathématiques à montreuil. un jour, après s'être piqué le doigt avec une broche ayant appartenu à l'impératrice sissi, il se découvre la faculté de voyager dans les films, au gré de ses envies. l'histoire se met en place quand fernandel l'appelle et lui demande d'aller rechercher son amie (lucy gordon), prisonnière d'un psychopathe (pierre-françois martin-laval) dans un film muet de 1917. régis, pour la retrouver, va devoir remonter toute l'histoire du cinéma, des buster keaton à taxi driver en passant par les westerns spaghetti, les péplums, les comédies musicales ou encore le voleur de bagdad avec douglas fairbanks, un film muet de 1924.
vingt points de suture
voilà pourquoi, au cœur d'une forêt belge, on découvre un campement digne du tarzan de johnny weissmuller (daté 1933) où vient s'installer une charmante héroïne, lucy gordon (spider-man 3) portant casque colonial et gourde en bandoulière. bientôt, une femelle chimpanzé prénommée caroline, venue spécialement pour la séquence, rejoint la comédienne. le tout au milieu d'une multitude de plantes exotiques et de palmiers en pot.
franck dubosc, lui, finit de se préparer dans sa loge. ce matin, la séance de maquillage aura duré un peu moins longtemps que d'habitude sous les mains expertes de didier lavergne, le maquilleur orscarisé de la môme. ce type fait des merveilles avec mon visage, confie le comédien. le premier film dans lequel je me suis trouvé projeté, c'était un western de sergio leone. j'y ai pris la place de clint eastwood. quelle métamorphose ! les gens ne me reconnaissaient plus, ils croyaient avoir affaire au vrai eastwood ! hier, j'étais robin des bois, celui de 1938 avec errol flynn. c'était magique ! sauf qu'en tirant à l'arc, je me suis fait mal à la main.
l'égratignure sur la paume gauche n'a rien à voir avec les vingt points de suture qu'il a fallu lui appliquer sur le cuir chevelu, il y a quelques mois, alors que franck dubosc assurait une journée de tournage dans la peau de régis deloux, prof de maths. c'était le jour le moins dangereux du film, se souvient-t-il. et pourtant, c'est à ce moment-là que je me suis affalé de tout mon long dans un escalier. allez savoir ! les risques pris quand nous avons tourné les séquences de western en espagne étaient beaucoup plus importants. il fallait jouer avec de vraies armes, monter à cheval, etc.
robe de chambre et charentaises
pendant ce temps, didier lavergne est allé chercher son carnet de photos. regardez, reconnaissez-vous franck ? c'est saisissant, non ? je me suis beaucoup amusé à le changer en clint eastwood. mais j'ai aussi été très content de le voir en douglas fairbanks dans le voleur de bagdad ou en travis dans taxi driver. avec tarzan évidemment, je suis moins obligé de jouer sur la ressemblance fin prêt, franck dubost-tarzan est acheminé sur le plateau dans une robe de chambre bleu marine et des charentaises. le tournage peut commencer. vas-y francky ! l'encourage yann moix entre chaque prise. et dis bien “jongle” et pas “jungle”. du haut du caillou qui bique, les cameramen sont attentifs au moindre nuage. le tournage doit souvent être interrompu. mais à la pause déjeuner, yann moix semble confiant : là, en fait, il s'agit plutôt d'une matinée douce ! on doit s'adapter à la météo belge voilà tout !
sur le plateau, la production reçoit également la visite du maire de la commune, bernard paget. eh bien, je vois que vous avez transformé ma forêt en jungle ! s'exclame-t-il en serrant la main de yann moix. mais bon, c'est une bonne publicité pour l'endroit. le tournage reprend. avant de se glisser à nouveau dans la peau de tarzan, roi de la jongle, l'interprète fétiche de camping explique : yann m'a fait perdre mes réflexes d'acteur. je n'ai pas le temps de réfléchir ni de fabriquer mon personnage. j'agis en temps réel avec lui. yann seul sait où il va. il me souffle souvent de nouvelles répliques, en totale improvisation.
ce qu'il faut savoir, enchaîne le cinéaste, c'est que le personnage de régis deloux n'est bien dans sa peau que lorsqu'il se trouve dans un film. et quelle différence y a-t-il entre la littérature et le cinéma ? avant de repartir diriger son ami, yann moix conclut : je suis seul devant ma table quand j'écris une histoire, alors qu'ici je me retrouve au milieu d'une centaine de personnes : voilà la différence !
Publié le : 12/05/2008 à 22h12